L’appel à panels est ouvert!

Les présentations et interventions à la conférence seront organisées selon les volets suivants:

Responsables: Sophie Withaeckx (Vrije Universiteir Brussel) and Emma-Lee Amponsah (Université de Gand)

Il est largement admis que l’intersectionnalité est un cadre théorétique indispensable pour comprendre et analyser la formation des inégalités sociales, et la manière dont celles-ci s’influencent et se renforcent. L’avènement du terme « intersectionnalité » par Crenshaw (1989) fait suite à une solide tradition  de travail académique mené par des femmes noires ayant depuis longtemps mis en évidence l’impact de multiples systèmes de discriminations dans la vie des femmes noires, et montré que « race », class, genre et sexualité sont, de manière équivalente, importants  dans la vie des femmes noires, et des catégories indivisibles. Fondée sur les expériences vécues et les connaissances des femmes foires, l’intersectionnalité a été un tournant dans la reconnaissance de la positionnalité spécifique des femmes noires, et a contribué à dénoncer la manière dont ces expériences ont été invisibilisées dans les cadres théoriques, féministes et politiques, dominants. Toutefois, l’immense popularité de l’intersectionnalité, son « déplacement » vers une variété de contextes et de mouvements sociaux, ainsi que les tendances à l’« universalisation » de l’intersectionnalité, afin de l’appliquer à une multitude de groupes sociaux, ont suscité beaucoup d’inquiétudes chez les académiques qui critiquent le détachement de l’intersectionnalité de sa fondation dans la pensée féministe noire, « l’effacement des femmes noires comme sujets quintessentiels de l’intersectionnalité » (Alexander-Floyd, 2012; Hancock, 2016) et le « blanchissement » de l’intersectionnalité (Bilge, 2013).

Par ailleurs, tant dans la recherche que dans l’activisme, l’intersectionnalité peut faire l’objet de processus de cooptation, dans la mesure où les exigences ‘top-down’  d’intégrer un cadre intersectionnel dans la recherche et des actions données, peuvent être davantage vécues comme un fardeau pour des activistes que comme un instrument utile ou une stratégie émancipatrice. Cela étant, l’intersectionnalité demeure particulièrement pertinente et d’actualité face aux défis actuels  au sein des communautés afro-européennes et à la nécessité de reconnaître, comprendre et discuter les différenciations internes et les inégalités de pouvoir basées sur le genre, la religion, la sexualité, l’âge, le statut de citoyenneté… 

Ce réseau thématique interroge le passé, le présent et le futur de l’intersectionnalité et fait appel à des contributions susceptibles de questionner de façon critique les limites, les opportunités, les utilisations et les abus de l’intersectionnalité. Il s’agit d’examiner si, et dans quelle mesure, l’intersectionnalité peut être appliquée à une diversité d’expériences de marginalisation, et ce que cela signifie pour les mouvement militants et en termes de solidarité. Il s’agit aussi d’explorer comment la reconnexion de l’intersectionnalité avec son héritage féministe noir peut amener les communautés afro-européennes à s’engager dans des défis important, comme la crise écologique, les différences internes basées sur le genre et la sexualité, ou la réapparition des mouvements d’extrême-droite et racistes.

Nous sommes intéressées par des contributions qui traitent d’une ou de plusieurs des questions suivantes : 

L’intersectionnalité comme instrument théorique et analytique :

  • L’intersectionnalité et l’accessibilité : L’intersectionnalité est-elle devenue trop académique et élitiste ? Est-ce que la théorie intersectionnelle est toujours utile et accessible pour ceux/celles qui étaient censé.es en bénéficier initialement – les groupes marginalisés sur base de leur ‘race’, genre, classe, sexualité ?
  • Les masculinités noires dans le paradigme intersectionnel contemporain : Quels sont les défis ou limites de l’intersectionnalité eu égard à la violence de genre envers le corps masculin noir ?
  • Les intersections de la condition / l’identité noire (blackness): Comment les injustices autres-que-humains font sens/interagissent avec les imaginaires relatifs à l’existence, l’oppression et la libération humaine noire?
  • Le blanchissment de l’intersectionnalité : Comment le divorce de l’intersectionnalité avec la théorie critique de la race et le militantisme féministe noir est-il advenu ? Comment appréhender les revendications de réappropriation ou d’abandon de l’intersectionnalité ?

L’intersectionnalité comme instrument pour l’action sociale et la solidarité :

  • L’intersectionnalité et l’action sociale : Comment dans la pratique, appliquer l’intersectionnalité ? Comment mobiliser l’intersectionnalité pour aborder les inégalités au sein des communautés noires ? Comment dénoncer les biais, les préjugés et l’oppression au sein des communautés noires ? (cf. « calling in & calling out »)
  • Les mouvement globaux et la condition/l’identité noire (blackness): Comment l’intersectionnalité peut-elle être utile pour relever les défis auxquels le monde dans son ensemble est confronté et qui exposent les communautés noires, en particulier à des vulnérabilités supplémentaires ? (Par exemple, le changement climatique, l'(in)justice alimentaire, la libération des animaux non-humains, le néoliberalisme et le  « managérialisme » dans les institutions et le secteur social, ; la continuation et la transformation du racisme et la réapparition des mouvements d’extrême-droite…)
  • La solidarité intersectionnelle : Comment l’intersectionnalité peut-elle forger des solidarités entre différents groupes de peuples marginalisés ?

Références

Alexander-Floyd, N. G. (2012). Disappearing acts: Reclaiming intersectionality in the social sciences in a post-black feminist era. Feminist Formations, 24(1), 1–25.

Bilge, S. (2013). Intersectionality undone: Saving Intersectionality from Feminist Intersectionality Studies. Du Bois Review: Social Science Research on Race, 10(2), 405–424. 

Crenshaw, K. (1989). Demarginalizing the intersection of race and sex: A black feminist critique of antidiscrimination doctrine, feminist theory and antiracist politics. University of Chicago Legal Forum, 139–167.

Hancock, A.-M. (2016). Intersectionality. An intellectual history. Oxford: Oxford University Press.

 

Responsables: Emma-Lee Amponsah (Université de Gand) et Nadia Fadil (KU Leuven)

Le rôle de la religion dans les mobilisations décoloniales est, à travers le monde, contesté. Si plusieurs mouvements se sont, à travers le monde, opposés au christianisme, en raison de son rôle central dans l’oppression coloniale et impériale des peuples indigènes par les nations européennes, d’autres ont plutôt puisé dans cette foi une source d’inspiration et de mobilisation (par exemple les églises évangéliques). La religion continue de servir de marqueur racial, qui peut exacerber des différenciations internes et externes. L’Islam en particulier, est devenu un moyen de racialisation et de violence discriminatoire. Cette violence tend à cibler exclusivement les personnes dites arabes et maghrébines, en raison de l’invisibilité croisée des musulman.nes noir.es africain.es, tant au sein qu’en dehors des communautés musulmanes diasporiques. Toutefois, malgré l’islamophobie et la négrophobie généralisées (aussi au sein du monde musulman), l’islam est en plein essor parmi les communautés diasporiques noires. Le phénomène de la conversion des noir.es à l’islam est généralement perçu comme une pratique culturelle contre-hégémonique (Curtis, 2005; Reddie, 2019). Les systèmes de croyance contre-hégémoniques tels que Nation of Islam, mais aussi le mouvement Rastafari, ont longtemps servi de cadre de résistance contre la « colonisation de l’esprit » et continuent d’exister sous diverses formes au sein des diasporas noires africaines.

Plus récemment, les interprétations syncrétistes des cosmologies égyptiennes, le candomblé, le vaudou (Vodun) et les symboles Akan et Yorùbá sont de plus en plus visibles dans la culture populaire noire. Ce phénomène soulève des questions quant au rôle et à la place de la religion et de la spiritualité dans la quête de la diaspora africaine pour préserver, faire revivre ou se réapproprier des identités culturelles noires. 

Ce réseau thématique porte sur les reconfigurations de la religion et de la spiritualité dans les constructions des mémoires et des identités culturelles de la diaspora noire. Nous invitons les contributions qui réfléchissent aux processus de résistance spirituelle et religieuse, à la (trans)formation de l’identité, de la mémoire et de la création de frontières entre les communautés afro-européennes. 

Parmi les thèmes que nous cherchons à discuter:

  • Religion, race, sexe et classe sociale
  • La religion comme source de contestation
  • Religion, racisme intériorisé et châtiment spirituel
  • Conversion religieuse et résistance contre-hégémonique

Les panels et les interventions peuvent s’articuler aux questions suivantes :

  • Comment les expériences religieuses et les idéologies au sein des communautés afro-européennes se positionnent-elles dans les sociétés d’Europe occidentale ? 
  • Quelles sont les transformations et reconfigurations des pratiques religieuses ? 
  • Comment la théorie intersectionnelle peut-elle contribuer à façonner notre compréhension de la religion en tant que marqueur racial ?
  • Les approches intersectionnelles de la religion et/ou de la spiritualité peuvent-elles générer de nouvelles formes de militantisme en faveur de la justice sociale ?

References

Curtis, E.E. (2005) “African-American Islamization reconsidered: Black History Narratives and Muslim identity” in Journal of the American Academy of Religion 3(3), 659-684

Reddie, R. S (2009) Black Muslims in Britain: Why Are a Growing Number of Young Black People converting to Islam?: Why Are a Growing Number of Young Black Men Converting to Islam? Oxford: Lion Hudson Limited.

Responsables: Ojeaku Nwabuzo (European Network Against Racism/Vrije Universiteit Brussels), Sibo Kanobana (Université de Gand) et Folashade Ajayi (Vrije Universiteit Brussel)

Le racisme structurel renvoie à un système dans lequel les politiques publiques, les forces économiques, les pratiques institutionnelles, les représentations culturelles et d’autres normes, fonctionnent de manière diverse et souvent en renforçant les moyens de perpétuation des inégalités raciales. 

Le racisme structurel se manifeste dans tous les domaines de la vie sociale et économique des Noir.es en Europe et est ancré dans l’histoire de la modernité, de l’impérialisme, du colonialisme et du capitalisme européen. Bien que de manière différenciée, et complexe, en fonction des temps et des lieux, ces dimensions de l’histoire et de la culture en Europe, ont maintenu les privilèges associés à la « blancheur » et les désavantages associés à la « couleur ». Les Noir.es d’Europe sont, en effet, plus susceptibles de vivre dans la pauvreté, d’être emprisonné.es, d’abandonner leurs études, d’être au chômage ou de connaître des problèmes de santé tels que le diabète, les maladies cardiaques, la dépression et d’autres maladies potentiellement mortelles. Dans ce contexte, que signifie, le démantèlement du racisme structurel ? 

Les recherches disponibles se concentrent le plus souvent sur l’inégalité sociale entre les personnes classées comme « migrant.es », « musulman.nes », « non ressortissant.es de l’UE », non locuteurs.trices natifs, etc. Cette catégorisation assimile les inégalités sociales à une question de migration ou de culture. Par conséquent, la dynamique de l’invisibilité intersectionnelle se traduit souvent dans les recherches, par une absence, ou la négligence, de la « race », également de la position et des expériences spécifiques des personnes d’origine subsaharienne. Ce réseau thématique a pour objectif l’analyse des pratiques structurelles et institutionnelles qui font prévaloir le privilège blanc. Nous appelons à des propositions traitant des processus de racialisation et d’exploitation des personnes noires en Europe. 

Les propositions de panel peuvent porter sur les thèmes suivants:

– Le racisme structurel : Analyses de la discrimination prenant en compte les aspects historiques, culturels, sociaux et psychologiques de la société et de sa racialisation.

– L’économie politique de la race : Comment la racialisation s’inscrit-elle dans les logiques de la démocratie capitaliste (néo-)libérale ?

– Le racisme institutionnel : Comment les politiques et les pratiques intra et inter-institutionnelles produisent-elles, intentionnellement ou non, des effets qui désavantagent chroniquement les Noir.es en Europe ?

– Analyse intersectionnelle de l’inégalité raciale : Comment les processus sociaux de classe, de genre, de sexualité, de langue, de culture et autres renforcent-ils et/ou remettent-ils en cause les structures racialisées existantes de la société européenne ?

– Le privilège des Blanc.hes : Comment le concept de privilège blanc peut-il contribuer à une meilleure compréhension des désavantages historiques et contemporains des personnes noires en matière d’accès à une éducation de qualité, à des emplois décents et à des salaires décents, à l’accession à la propriété, aux prestations de retraite, à la richesse, etc. ?

– Les politiques de diversité : Comment les politiques de diversité traitent-elles ou évitent-elles de prendre en compte les disparités frappantes entre les races, en matière de bien-être et d’opportunités, et quels effets cela produit-il ?  

Responsables: Ilke Adam (Vrije Universiteit Brussel), Folashade Ajayi (Vrije Universiteit Brussel) et Jean Beaman (University of California, Santa Barbara)

Ce réseau thématique appelle à des communications portant de manière spécifique sur la mobilisation, la politique et la lutte militante contre le racisme et les discriminations structurelles envers les Afro-Européen.nes. Dans le contexte actuel d’oppression et de répression des communautés afro-européennes, nous mettons l’accent à la fois sur la mobilisation et le militantisme afrodescendant, ainsi que sur la participation à la politique électorale officielle et à l’élaboration des politiques. Ce réseau thématique intègre ces questions dans un cadre intersectionnel et féministe noir /afroféministe. 

Nous invitons à soumettre des propositions de panel portant sur les thèmes suivants :

– Comment la politique gouvernementale, en particulier les politiques d’égalité raciale et d’intégration, réagit-elle et affecte-t-elle les communautés afro-européennes et vice versa ?

– Comment le racisme informel et institutionnel à l’endroit des communautés et des individus afro-européens en Europe est-il abordé ?

– Comment les Afro-européen.nes peuvent-ils intervenir dans l’arène publique et politique et être politiquement représenté.es, en tenant compte des complexités relatives aux processus de différenciation au sein de ces mêmes communautés ?

– Quelles sont les principales préoccupations et formes de militantisme afro-européen et quel est leur impact sur les sociétés européennes contemporaines ? 

– Quelles sont les pratiques efficaces et inefficaces pour lutter contre la discrimination structurelle et le racisme ? Quels sont les défis que pose le militantisme antiraciste ? Quelles sont les limites de la mobilisation dans les différents contextes sociétaux ?

Responsables: Elisabeth Bekers (Vrije Universiteit Brussel), Janine Hauthal (Vrije Universiteit Brussel), Véronique Gakuba-Clette (Université Libre de Bruxelles) & Joachim Ben Yakoub (Université de Gand)

En collaboration avec Véronique Bragard (Université Catholique de Louvain), Inge Brinkman (Universiteit Gent), Matthias De Groof (Universiteit Antwerpen), Anne Wetsi Mpoma (Wetsi Art Gallery), Katarzyna Ruchel-Stockmans (Vrije Universiteit Brussel), Arvi Sepp (VUB)

L’esthétique et la politique s’entremêlent de manière très puissante dans les arts afro-européens. Ce réseau thématique invite à réfléchir à la question du pouvoir culturel et politique qui est associé aux pratiques artistiques afro-européennes et à d’autres formes d’expression (personnelle) créative, résidant aussi bien dans l’exploration des préoccupations urgentes que dans un impact esthétique. On cherchera à examiner comment les artistes afro-européen.nes expriment les profondeurs existentielles et les dimensions sensibles de la lutte antiraciste et comment ils s’engagent dans l’abolition des différentes formes de colonialité, de colonisation du savoir, de l’être et du pouvoir de la colonisation de l’esthétique elle-même. En accord avec le thème de la conférence, ce courant s’intéressera à la pluralité des moyens créatifs par lesquels les artistes abordent les intersections complexes qui affectent les histoires, les expériences et les identités des Afro-Européen.nes. 

Étant donné la portée interdisciplinaire de ce réseau thématique, les participant.es pourront aborder le sujet d’un point de vue disciplinaire et inter/trans/post-disciplinaire, mais sans s’y limiter, dans des domaines aussi variés que le théâtre, la performance, le cinéma, les médias (numériques), les études littéraires, l’histoire de l’art et les études culturelles. De même, on pourra considérer les pratiques artistiques afro-européennes à partir d’un large éventail de géographies et de temporalités et explorer des voies de production, de réception et de circulation aussi bien locales que nationales, internationales et transnationales. Les panels peuvent être constitués à partir de supports académiques classiques, mais nous encourageons également d’autres formats performatifs, tels que des lectures ou des présentations de travaux en cours, de pratiques de recherche, d’interventions artistiques, etc. 

Dans le cadre de ce réseau thématique sur la politique et l’esthétique des arts afro-européens, nous appelons à les propositions de panels qui pourraient aborder, à titre d’exemple, les questions suivantes :

  • Comment les artistes et les pratiques artistiques afro-européens reflètent-ils.elles les intersections complexes qui affectent les histoires, les expériences et les identités des Afro-européen.nes ? Quels choix esthétiques font-ils.elles ? 
  • Comment les artistes/les pratiques artistiques afro-européennes transforment-ils.elles les modes dominants de connaissance, d’être, de pouvoir et d’esthétique ? (Comment) la critique artistique afro-européenne contribue-t-elle à ces transformations ?
  • Comment les artistes/les pratiques artistiques afro-européennes s’engagent-ils.elles dans des luttes croisées pour démanteler l’omniprésence du pouvoir colonial qui continue d’imprégner les imaginaires hégémoniques ?
  • Quelles sont les spécificités des modes oraux, écrits, visuels et plastiques de la création artistique afro-européenne ? Quelles sont les innovations esthétiques produites ? Quels sont les types de publics et de spectateurs forgés ou mobilisés dans les pratiques artistiques afro-européennes ? 
  • Quelles sont les spécificités des réponses artistiques par rapport aux autres formes de militantisme politique ?
  • Quel rôle jouent la langue, le multilinguisme et la traduction dans la production, la réception et la circulation des pratiques artistiques afro-européennes ?
  • Quelles sont les stratégies et tactiques (fugitives) possibles dans les arts et la critique d’art afro-européens pour contrer le racisme institutionnel et la blancheur du canon, des institutions artistiques et du marché de l’art ? 
  • Comment les artistes afro-européen.nes (ré)imaginent-ils.elles l’Europe ? Comment (ré)imaginent-ils.elles l’Afrique ? Comment (ré)imaginent-ils.elles la relation entre l’Afrique et l’Europe ? Comment les artistes/les pratiques artistiques afro-européens négocient-ils.elles la division historique entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne ?
  • Comment les artistes/pratiques artistiques afro-européens créent-ils.elles des espaces dans lesquels les contre-mémoires (par exemple des luttes anticoloniales de l’Afrique ou les luttes antiracistes de l’Europe) et comment la réémergence des utopies panafricaines et panarabes produit-elle une nouvelle forme d’action collective ?

Responsables: Sarah Demart (Saint-Louis- Brussels University), Charlotte Pezeril (Saint-Louis- Brussels University) & Christian Dongmo (Saint-Louis- Brussels University)

Par comparaison avec l’Amérique du Nord, les inégalités raciales en matière de santé et de soin sont, en Europe, peu documentées (Paradies, 2006 ; EU-MIDIS II, 2018). Non seulement la race en tant que catégorie statistique n’est pas autorisée dans la plupart des pays européens, mais la confusion structurelle entre « migrant.es africain.es » et « Européen.nes noir.es » tend à naturaliser et à homogénéiser des situations très diverses (Fassin, 2000 ; Sauvegrain, 2012 ; Carde et al, 2012). En conséquence, l’accès réduit à la santé et au bien-être est souvent formulé en termes de « différence culturelle », de déficit d’ « intégration », de mauvaise compréhension ethnolinguistique voire de « comportement déviant », etc. Si l’approche par les déterminants sociaux permet de rompre avec l’approche culturaliste, et de prendre en compte le contexte social dont procèdent les inégalités raciales en matière de santé, elle est toutefois insuffisante dans une optique de réduction des inégalités. Une limite qui conduit de plus en plus de chercheurs en santé publique à mobiliser le paradigme de l’intersectionnalité dans le domaine des recherches sur la santé. Cependant, un fossé demeure entre l’approche théorique de l’intersectionnalité et sa mise en pratique visant à rendre compte d’expérience individuelle et de l’imbrication des identités sociales, en même temps que de systèmes de privilège et d’oppression (capitalisme, racisme, patriarcat, hétéosexisme, validisme) (Viruell-Fuentes et al., 2012, Hankivsky and Christoffersen, 2008, Bowleg, 2012).  

Si ce fossé est en partie redevable de la sectorisation des déterminants sociaux de la santé et du manque de données statistiques, c’est aussi la complexité multidimensionnelle de la recherche sur la santé, qui en jeu et qui pose, de manière transdisciplinaire, la question des conditions de possibilité de cadre alternatifs de recherche.

Ce réseau thématique, abordera la santé des Afro-Européen.nes et des inégalités sociales et raciales en lien avec la recherche médicale, les parcours de santé/soins, les mobilisations sociales et politiques ou encore l’investissement des Afro-Européen.nes comme acteurs.rices de santé. 

On s’intéressera tout particulièrement aux thèmes suivants :

  • Méthodologies quantitatives et qualitatives, santé, intersectionnalité.
  • Santé, décolonisation, globalisation.
  • Santé et militantisme.
  • Santé et capitalisme racial.

A titre d’exemple, les propositions de panels peuvent aborder les questions suivants :

– Comment la confusion entre race-nationalité-migration affecte-t-elle les interactions liées à la santé avec les Afroeuropéen.nes, en matière de recherche médicale, de pratiques de soin et de routines institutionnelles ? 

 -Quelles données quantitatives peuvent être mobilisées ou constituées pour documenter les inégalités raciales dans l’accès à la santé et aux soins et favoriser des politiques de santé plus inclusives et orientées vers la justices sociale? 

– Quels sont les effets des politiques de migration et du racisme sur la santé (physique, mentale, sexuelle, reproductive) des personnes et l’accès aux soins des Afro-Européen.nes ? 

– Comment les Afro-Européen.nes peuvent-ils revendiquer un accès meilleur et plus approprié à la santé dans des domaines spécifiques (VIH/sida, gynécologie obstétrique, Covid-19, etc.) ? 

– Comment la santé est-elle intégrée dans les mouvements militants antiracistes et décoloniaux ?

– Quelles conceptions de la santé sont développées au sein des communautés afroeuropéennes ?

– Comment les perspectives décoloniales et intersectionnelles s’articulent-elles au niveau de la recherche, de la politique et du militantisme en ce qui concerne la santé ?

– Comment le nombre croissant de soignant.es afro-européen.nes dans le système de santé s’articule-t-il avec les politiques d’austérité ? 

– Comment les Afroeuropéen.nes investissement le domaine de la santé en tant qu’acteurs.rices de santé ?

– Comment les processus sociaux de classe, de genre, de sexualité, de langue, de culture affectent-ils la santé de certains groupes au sein des communautés afro-européennes, et comment la prise en compte de ces enjeux spécifiques de santé peut permettre d’agir sur les inégalités de santé de manière plus général ?

Références 

Bowleg, L. (2012). The problem with the phrase women and minorities: intersectionality—an important theoretical framework for public health. American journal of public health, 102(7), 1267-1273.

Brondolo, E., Gallo, L. C., & Myers, H. F. (2009). Race, racism and health: disparities, mechanisms, and interventions. Journal of behavioral medicine, 32(1), 1.

Carde, E., Fassin, D., Ferré, N., & Musso-Dimitrijevic, S. (2002). Un traitement inégal: les discriminations dans l’accès aux soins. Migrations et etudes, 106, 1-11.

EU-MIDIS II, https://fra.europa.eu/fr/publication/2018/eu-midis-ii-deuxieme-enquete-de-lunion-europeenne-sur-les-minorites-et-la

Fassin, D. (2000). Entre politiques du vivant et politiques de la vie: pour une anthropologie de la santé. Anthropologie et sociétés, 24(1), 95-116.

Hankivsky, O., & Christoffersen, A. (2008). Intersectionality and the determinants of health: a Canadian perspective. Critical Public Health, 18(3), 271-283.

Paradies, Y. (2006). A systematic review of empirical research on self-reported racism and health. International Journal of Epidemiology, 35(4), 888-901; Sue, D. W. (2010). Microaggressions in Everyday Life: Race, Gender, and Sexual Orientation. John Wiley & Sons; 

Sauvegrain, P. (2012). La santé maternelle des «Africaines» en Île-de-France: racisation des patientes et trajectoires de soins. Revue européenne des migrations internationales, 28(2), 81-100.

Viruell-Fuentes, E. A., Miranda, P. Y., & Abdulrahim, S. (2012). More than culture: structural racism, intersectionality theory, and immigrant health. Social science & medicine, 75(12), 2099-2106.

 

Responsables: Sophie Withaeckx (Vrije Universiteit Brussel) and Sibo Kanobana (Universite de Gand)

La sédentarisation d’individus, de familles et de communautés afro-européennes en Europe a une longue histoire, peu connue. Elle renvoie à des expansions démographiques et géographiques de longue date, à leur intensification dans le sillage de l’impérialisme et du colonialisme européens, et aux mobilités actuelles, à l’immigration croissante dans le contexte de la mondialisation. La diversité réelle à l’intérieur même des frontières de l’Europe fait souvent l’objet de discussions controversées et de luttes identitaires : l’identité noire (blackness) étant de manière notoire considérée comme à l’opposé de la notion (excluante) d’identité européenne (Gilroy, 1987). Néanmoins, de même que l’organisation, l’établissement et l’intégration des communautés noires deviennent incontestables et de plus en plus visibles, le sentiment d’ « afro-européanité » augmente, en dépit de la complexité et de la diversité interne à ces communautés (Blakeley, 2009). 

Ce réseau thématique veut s’attaquer aux questions et aux défis qui émergent de l’organisation des communautés afro-européennes et à la manière dont cela affecte la compréhension des identités noires et racialisées ainsi qu’aux processus d’ « européanisation » et de « non-européanisation » qui en découlent (Crumley & Thomas, 2011). On examinera plus particulièrement le rôle et l’impact de la famille dans la création et la disparition des frontières et des identités, en tant qu’elle est un site important de négociation des identités racialisées. Parce que les familles afro-européennes peuvent être particulièrement affectées par des structures de discrimination basées sur la « race », la religion, le sexe, l’âge et la sexualité, les structures familiales peuvent changer ou s’effilocher. Il en résulte des défis spécifiques en ce qui concerne la construction de la famille afro-européenne en Europe. En outre, le franchissement ou l’effacement des frontières ethniques et raciales, au sein des familles et entre elles, peut prouver la précarité de toute notion d’identité (afro-)européenne homogène ou fixe (ou d’ailleurs, de toute identité ethnique ou raciale).

Les panels, supports et communications peuvent porter sur l’une ou l’autre des questions suivantes :

– Comment l’identité afro-européenne peut-elle être comprise et définie, et comment se développe-t-elle parallèlement aux notions réarticulées d’ « européanité » ? Quels types de pratiques communautaires favorisent ou sapent les notions d’identités afro-européennes stables ?

– Quels types d’inégalités (entrecroisées) sous-tendent les pratiques de formation de la famille, telles que l’adoption et le placement en famille d’accueil, et affectent les communautés afro-européennes en Europe, et au-delà ? Comment l’histoire des enlèvements et des adoptions forcées d’enfants « métis » a-t-elle, et est-elle, abordée en Europe, durant et après la colonisation ?

– De quelle manière les familles afro-européennes d’aujourd’hui et d’hier sont-elles affectées par les politiques et les réglementations en ce qui concerne la formation des familles, et compte-tenu des définitions fluctuantes de ce qui constitue une famille selon les lieux géographiques, les groupes ethniques et les communautés sociales ? Comment les reconfigurations de la famille et de l’identité sont-elles liées à des notions telles que la « mixité » et le « métissage » ? 

Références

Gilroy, P. (1987). “There ain’t no black in the Union Jack”: The cultural politics of race and nation. New York: Routledge.

Blakeley, A. (2009). The emergence of Afro-Europe: A preliminary sketch. In D. Clark Hine, T. Danielle Keaton, & S. Small (Red.), Black Europe and the African Diaspora (pp. 3–28). Illinois: University of Illinois Press.

Crumly Deventer, A., & Thomas, D. (2011). Afro-European Studies: Emerging fields and new directions. In A. Behdad & D. Thomas (Red.), A companion to comparative literature (pp. 335–356). Oxford: Wiley-Blackwell.

 

Responsables: Emma-Lee Amponsah (Universite de Gand) and  Kim Dankoor (Utrecht University)

La recherche sur les médias et les questions de « race » et de colonialité a longtemps été dominée par les questions de représentation, de discours et des théories relatives à la réception par le public. Ces études reposent généralement sur la perception des minorités ethniques et raciales dans une position fixe, en tant que récepteurs passifs des médias (essentiellement de masse). Cependant, les études sur les médias et la « race » investissent de plus en plus la question des pratiques associées aux médias alternatifs et attirent l’attention sur la proactivité de ceux qui étaient auparavant de simples récepteurs des médias. Au cours des dernières décennies, les médias sociaux et les contenus en ligne sont devenus des lieux de résistance au sein desquels les notions de collectivité, de résistance et d’expériences de racialisation et de marginalisation, font l’objet de partage et de mémoire (Everett, 2009; Cottom, 2016; Sobande, Fearfull & Brownlie, 2019; Brock, 2020). De cette manière, l’univers numérique (cyberespace) facilite la construction des réalités des Noir.es, des cultures, des identités et des connaissances.

Dans le cadre de ce réseau thématique les médias sont appréhendés comme des lieux de construction identitaire, de production de connaissances et de technologie de la commémoration. Nous invitons les propositions de panel portant sur les questions liées à la connectivité, la collectivité et/ou la mémoire afro-européenne en relation avec les médias, la communication, la technologie, la numérisation et/ou l’afro-futurisme. Nous privilégions les propositions relevant d’une perspective d’étude critique des médias, cependant d’autres disciplines et interventions basées sur la pratique sont également les bienvenues. Parmi les questions spécifiques que nous aimerions inclure :

– Comment l’interférence et la production médiatique des Afro-Européen.nes peuvent-elles provoquer un changement social structurel ? 

– Quand et comment la communication médiatique conduit-elle à la mobilité ? 

– Quelles sont les principales infrastructures et technologies qui permettent la « connectivité afro-européenne », au niveau local et global ? 

– Quel est le rôle des médias et de la communication numérique dans la formation des identités et des mémoires culturelles afro-européennes ? 

– Comment les technologies numériques et la connectivité entre les communautés noires à travers les frontières (intra-)nationales et les continents façonnent-elles (l’expérience) des Noir.es en Europe ? 

– Comment la connectivité (transnationale) remet-elle en question les cadres nationaux de communication et de mémoire ? 

– Comment le cyberespace favorise-t-il la construction des réalités des Noir.es, des cultures, des identités et de la production de connaissances?

Références

Brock, A. (2020) Distributed Blackness: African American Cybercultures. NYU Press.

Cottom, T. M. 2016. “Black Cyberfeminism: Ways Forward for Intersectionality and Digital Sociology.” In Digital Sociologies, ed. Daniels, J., Gregory & Cottom, T. M. 211–232. Bristol: Policy Press.

Everett, A. 2009. Digital Diaspora: A Race for Cyberspace. Albany: SUNY Press.

Sobande, F., Fearfull, A. & Brownlie, D. (2019) “Resisting media marginalization: Black women’s digital content and collectivity” in Consumption Markets and Culture. 1-16

Responsables : Sophie Withaeckx (Vrije Universiteit Brussel), Sarah Demart (Université Saint-Louis- Bruxelles ) and Nicole Grégoire (Université Libre de Bruxelles)

La « décolonisation » est récemment devenue un mot à la mode et un appel à l’action dans divers domaines de la société et a suscité des réflexions dans le secteur culturel, le domaine du travail social, les musées, les médias ou l’espace public. Dans ces débats sur la décolonisation, les espaces éducatifs et culturels sont devenus particulièrement problématiques, en tant que sites de reproduction et de normalisation des conceptions racialisées, sexuées et classées du Soi, de l’Autre, de ce qui compte comme connaissance légitime et objective ou de qui peut être sujet ou objet de connaissance.

Le « débat sur la décolonisation » a déjà largement contribué à attirer l’attention du grand public, des politiques et des universitaires en ce qui concerne l’héritage du colonialisme et de l’impérialisme dans les sociétés européennes. Il a donné lieu à des réflexions et des actions visant à transformer les espaces publics ; par exemple en retirant les statues ou les plaques honorant les oppresseurs coloniaux ou bien en élargissant les programmes d’études eurocentrés afin d’y inclure des voix non-occidentales et non-blanches. Cependant, du chemin reste à parcourir, en termes d’inclusion effective des groupes historiquement marginalisés dans les structures de pouvoir de ces institutions. La popularité croissante des discours sur la « décolonisation » peut, à l’instar des discours de la « diversité », avoir un effet « non-performatif » lorsque la simple présence de politiques et de comités brandissant ces mots sert à labéliser des institutions comme étant déjà décolonisées, alors même que le racisme, le sexisme et la sous-représentation réelle des minorités dans ces institutions est de l’ordre du non-dit et de l’implicite. 

Il en va de même en ce qui concerne la pratique de la recherche. L’extractivisme épistémique qui caractérise de manière relativement transversale les sciences et le monde universitaire, pose tout une série de questions en ce qui concerne les possibilités et les limites d’un appel à décoloniser l’université, du point de vue de la fabrique de la recherche, à savoir les pratiques de terrain, les méthodes dites participatives, les modes de restitutions des savoirs militants et le cadre dans lequel les dialogues entre académiques et militants se développent. 

Dans ce volet « Décoloniser les connaissances, les espaces et les institutions : De l’activisme au changement transformateur », nous appelons à des contributions s’inspirant des idées et des possibilités offertes par le militantisme, la recherche et la théorisation postcoloniales et décoloniales.

– Quelles sont les théories, mouvements et pratiques actuellement développés dans les communautés afro-européennes en vue de remettre en question les formes dominantes et exclusives de production de connaissances ? Quels types d’épistémologies critiques et de formes alternatives de production de la connaissance sont utilisés et développés ?

– Comment les modes de représentation et d’éducation dominants sont-ils remis en question dans des institutions telles que les musées et les universités, et transformés sous l’effet du militantisme des mouvements sociaux décoloniaux ? 

– Quelle a été l’efficacité des débats sur la décolonisation du patrimoine culturel, des lieux de mémoire et des espaces publics jusqu’à présent ? Quelles mesures ont été prises en termes de restitution d’objets culturels, spirituels et religieux, qui ont été acquis illégalement durant la domination impériale et coloniale afin d’être exposés dans des musées occidentaux ? 

– Quels liens peut-on établir entre les mouvements militants en Europe et d’autres endroits où les mouvements antiracistes et décoloniaux se sont développés (par exemple, au Royaume-Uni, en Afrique du Sud, aux États-Unis…) ?

– Comment identifier et démystifier les dynamiques de non-performances et de cooptation ? 

– Quelles tactiques et stratégies de changement transformateur peuvent être développées par ceux qui travaillent au sein d’institutions et qui restent, malgré des engagements apparents, essentiellement réfractaires aux revendications de diversité et de décolonisation ? 

– Comment les militants perçoivent-ils le monde universitaire et les expertises académiques?

– Comment éviter l’extractivisme épistémique, et quelles sont les questions spécifiques qui se posent au sein dans les différents espaces disciplinaires, et selon les différentes pratiques de recherche ?

Responsables: Michael McEachrane (University of Lund), Olivia Gieskes (University of Edinburgh), Stefaan Smis (Vrije Universiteit Brussels) et Rahel Weldeab Sebhatu (Malmö University)

Le panafricanisme constitue un élément essentiel de l’histoire afroeuropéenne. Les conférences panafricaines de Londres, Paris, Bruxelles, Lisbonne et Manchester (1900-1945) ont joué un rôle central dans mouvements de libération anti-coloniale en Afrique et ailleurs. En Europe, ces conférences ont mise à jour le fait que les Africains et personnes d’ascendance africaine, partageant des caractéristiques physiques et origines continentales, sont à travers le monde inscrits dans des ordres sociaux et internationaux similaires au sens où ils sont racialement stratifiés. Ces conférences ont également établi le fait que, ce que nous appelons aujourd’hui la «mondialisation» est le résultat de siècles d’impérialisme et de colonialisme européens. Ils ont également fait appel à la libération, l’égalité des droits, la justice et, selon les termes du Quatrième Congrès panafricain de 1927, à « La réorganisation du commerce et de l’industrie afin que la raison d’être du travail et du capital soit le bien-être de tous plutôt que l’enrichissement personnel de quelques-uns », ce qui est toujours d’actualité.

Ce réseau thématique, « Panafricanisme, justice globale et droits de l’homme en Europe », s’appuiera sur la philosophie et l’héritage des conférences canoniques panafricaines en Europe (1900-1945) pour inviter à réfléchir à la pertince d’une démarche continuant à éclairer les situations difficiles que vivent les personnes afroeuropéennes ainsi que le rôle de l’Europe dans la production et le maintien des stratifications raciales sociales et internationales. Cela inclut notamment une exploration de la façon dont les ordres sociaux et internationaux qui discriminent les Africains et personnes d’ascendance africaine interagissent avec la race, le sexe, la classe, la nationalité et d’autres catégories. Ce réseau thématique invite à soumettre deq panels sur l’un ou plusieurs des thèmes suivants:

– Quelle est la pertinence du panafricanisme pour l’Europe? Par exemple, de quelle manière est-ce que le panafricanisme peut éclairer notre compréhension de l’Afrique et de la diaspora africaine en lien avec l’Europe; en termes d’intersections de justice sociale et internationale et de développement durable; en termes de « décolonisation » de l’Europe; et de sa relation avec les Africains et personnes d’ascendance africaine, et de sa place dans le monde?

– Quelle est la pertinence du panafricanisme pour les formations identitaires, les positions sociales et l’engagement politique des Noir.es Européen.nes – en prenant en compte les intersections de race, sexe, sexualité, classe, d’ethnie, de nationalité, etc.? Par exemple, en ce qui concerne le militantisme politique noir européen et ses liens avec le militantisme dans d’autres parties du monde comme le mouvement Black Lives Matter aux États-Unis?

– Comment les relations post-coloniales entre l’Union européenne, et ses États membres, l’Afrique et les Caraïbes (y compris l’UE, l’UA et la CARICOM) influencent-elles des questions comme celles associées aux relations internationales, à l’économie, le développement durable, la coopération au développement ou la représentation dans des organisations internationales comme l’ONU et l’OMC?

– Comment les appels à la justice réparatrice pour les histoires et les héritages du colonialisme européen, l’esclavage, l’asservissement et la traite des Africain.es, le génocide des autochtones et la discrimination raciale systémique, peuvent-ils être situés, compris et justifiésquelle est leur pertinence pour les Afroeuropéen.nes

– Quelle est la pertinence de la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine (2015-2024) et des Droits de l’homme, dont elle procède, de la Déclaration et du Programme d’action de Durban (2001) – qui fait largement référence aux «Africains et personnes d’ascendance africaine»- en ce qui concerne les droits de l’homme et la justice internationale pour les personnes d’ascendance africaine en Europe et ailleurs?

– Comment conceptualiser, à partir d’une horizon européen, les problèmatiques panafricaines et de droits humains que sont la migration des Africains vers l’Europe et les crises humanitaires dans et autour de la Méditerranée, la liberté de circulation des Africain.es par rapport aux Européen.nes, le racisme anti-noir et les droits collectifs des Africain.es et les personnes d’ascendance africaine?

– En quoi les Approches du droit international pour le tiers-monde (TWAIL) sont-elles pertinentes pour la diaspora africaine en Europe et ailleurs ?

Références

Abrahamsen, R. (2020, January 1). Internationalists, sovereigntists, nativists: Contending visions of world order in Pan-Africanism. Review of International Studies. Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/S0260210519000305
McEachrane, M. (2020). “Pan-Africanism and the African Diaspora in Europe.” In R. Rabaka (ed.), Routledge Handbook of Pan-Africanism. New York and London: Routledge
Sebhatu, R. W. (forthcoming) “Applying postcolonial approaches to studies on Africa-EU relations”, in Duggan, N., Haastrup, T., and Mah, L. (eds) Routledge Handbook on EU-Africa Relations. Routledge.
Makau Mutua and Antony Anghie, Proceedings of the Annual Meeting (American Society of International Law), Vol. 94 (APRIL 5-8, 2000), pp. 31-40
Rutazibwa, O. U. (2010) ‘The Problematics of the EU’s Ethical (Self)Image in Africa: The EU as an “Ethical Intervener” and the 2007 Joint Africa–EU Strategy’, Journal of Contemporary European Studies, 18(2), pp. 209–228. doi: 10.1080/14782804.2010.486976.
Ndlovu-Gatsheni, S.J., 2013. Empire, global coloniality and African subjectivity, Empire, Global Coloniality and African Subjectivity. Berghahn Books.
 

 

Responsables du réseau thématique: Karel Arnaut (KU Leuven), Line Algoed (Vrije Universiteit Brussel) and Lena Imeraj (Vrije Universiteit Brussel)

Après des siècles de présence africaine en Europe, les villes de toute l’Europe sont depuis la seconde moitié du XXe siècle, devenue des destinations pour de nombreux individus et familles qui quittent le continent africain. Bien que souvent méconnus, les citadin.es afro-européen.nes sont désormais une force majeure de transformation sociale et culturelle, de connectivité géoéconomique et d’activisme géopolitique. Ce réseau thématique cherche à identifier, analyser et évaluer la portée et la profondeur des engagements, des luttes et des co-réalisations afro-européennes dans les centres-villes et les banlieues, les métropoles, les petites villes et les villes rurales d’Europe. Sous un angle différent, ce réseau thématique s’intéresse aux espaces de migration urbaine et à la présence et l'(in)visibilité de la condition/l’identité noire contemporaine ainsi qu’aux histoires des Noir.es dans les villes européennes.

Nous invitons les contributions réfléchissant aux diverses réalités urbaines et dimensions spatiales des Afro-Européen.nes en Europe et encourageons plus spécifiquement les formats innovants, plus « poétiques » – c’est-à-dire orientés vers la réalisation – plutôt que les formats conventionnels, tels que les tables rondes avec des invités, les promenades en ville à travers Bruxelles ou les laboratoires (c’est-à-dire les sites qui produisent et présentent des œuvres ethnographiques au-delà des conventions basées sur le texte ; par exemple, les documentaires/films, l’art urbain de rue (performance), la poésie slam).

Ce volet invite à soumettre des propositions de panels, des articles et des interventions sur les thèmes, perspectives et questions suivants :

– Perspectives historiques

  • Reconstitutions historique-géographique des processus d’arrivée et d’installation des Africain.es dans les villes de toute l’Europe : histoire ancienne (avant le XXe siècle) pendant et après la colonisation.
  • Infrastructures de la diaspora africaine dans les villes européennes (secondaires) : stratification et construction historiques, fonctionnement et transformation de la ville.
  • Développements/transformations récents des communautés urbaines afro-européennes et création de communautés : dynamique raciale et formations sociales/culturelles des Noir.es.

– Perspectives contemporaines

  • Les Afro-Européen.nes en tant que city-makers : convivialité et inégalité dans les socialités émergentes et la « poésie » urbaine.
  • Les politiques urbaines et les Afro-Européen.nes : planification, sécurisation, marketing urbain des quartiers ethniques ou stigmatisation territoriale/spatiale.
  • Logement et formations résidentielles depuis les années 1960 : enclavement, ségrégation et dispersion (ex. Mbodj-Pouye 2016).
  • Afro-Européen.nes et autres minorités racialisées : subjectivation et changements de position dans les processus d’embourgeoisement et/ou de migration continue (Erel 2011).

– Urbanité translocale/transnationale

  • Contacts et échanges transnationaux par le biais de voyages et de l’internet : activisme, activités religieuses, « monde mobile » (Beeckmans 2019).
  • Transferts de fonds de toutes sortes : financiers, de compétences, infrastructurels.
  • Communautés diasporiques dans la ville.

– Patrimoine

  • Afroeuropéen.nes et héritage colonial urbain : contestation décoloniale, sensibilisation, etc.
  • Histoires de diasporas basées sur le lieu, chronotopes afroeuropéens dans les processus de transformation urbaine.

– Questions méthodologiques/conceptuelles de l’ « afro-européanité » basée sur la ville

  • La dé-diasporisation (Krause et van Dijk 2010).
  • Afropolitisme (Mbembe et Balakrishnan 2016).
  • Convivialité (Gilroy 2007, Heil 2020).
  • Racialisation (Erel 2011).


Références bibliographiques

Beeckmans, Luce. 2019. “Migrants, Mobile Worlding and City-Making.” African Diaspora 11(1-2):87-100.
Erel, Umut. 2011. “Complex Belongings: Racialization and Migration in a Small English City.” Ethnic and Racial Studies 34(12):2048-68.
Gilroy, Paul. 2007. “Multiculture and Conviviality in Postcolonial Europe.” in The Urgency of Theory, Vol. 125-142, edited by A. n. Pinto Ribeiro. Manchester: Carcanet.
Heil, Tilmann. 2020. Comparing Conviviality. Living with Difference in Casamance and Catalonia. Basingstoke: Palgrave.
Kleinman, Julie. 2014. “Adventures in Infrastructure: Making an African Hub in Paris.” City & Society 26(3):286-307.
Krause, Kristine and Rijk van Dijk. 2010. “Hodological Care among Ghanaian Pentecostals: De-Diasporization and Belonging in Transnational Religious Networks.” Diaspora: A Journal of Transnational Studies 19(1):97-115.
Mbembe, Achille and Sarah Balakrishnan. 2016. “Pan-African Legacies, Afropolitan Futures.” Transition (120):28-37.
Mbodj-Pouye, Aïssatou. 2016. “Fixed Abodes: Urban Emplacement, Bureaucratic Requirements, and the Politics of Belonging among West African Migrants in Paris.” American Ethnologist 43(2):295-310.


Les conférences Afroeuropéennes fonctionnent avec des réseaux thématiques et un système de candidature à plusieurs niveaux.
 
Tout d’abord, un appel à panel est envoyé, sollicitant des propositions de panels traitant d’un sujet lié à l’un des 11 réseaux thématiques de la conférence. Pour chaque réseau thématique, les panels correspondant le mieux au thème de la conférence et au réseau thématique seront retenus.
 
Ensuite, les panels sélectionnés seront annoncés sur le site internet. Les organisateur.rices des panels seront alors encouragé.es à inviter leurs contacts à répondre à l’appel à communication de leurs panels et à envisager des communications universitaires ainsi que d’autres formats performatifs. Les organisateur.rices de panels seront assisté.es dans le choix des communications par l’équipe organisatrice de la conférence.

Les propositions doivent être soumises avant le 1er octobre. Le comité communiquera ses décisions au plus tard le 31 octobre.

Après acceptation, les organisateur.rices des panels seront responsables de l’envoi de l’appel àcommunication ou à intervention individuelle de leur panel.